Voici des extraits de chacun des textes présents dans le recueil de nouvelles des Véliens (auteurs du site VosEcrits.com), "Nouvelliennes".
Patrick Camu : Fatal Canal
Pour cet été, la famille avait décidé de passer trois semaines à naviguer sur les canaux du Midi. Il fallait entendre par là que Gérard, le père, avait demandé d’exaucer ce qui lui semblait un rêve d’aventure et de liberté, tandis que Micheline, la mère, y avait consenti de mauvaise grâce, convaincue seulement par l’économie ainsi réalisée. Les deux enfants avaient suivi, Françoise conquise par l’inhabituel et le saugrenu, Thierry désœuvré en toute occasion et toujours à leur charge. Un autre matelot s’était joint à l’équipage, qui n’était autre que l’époux de fraîche date de Françoise.
Lucas était marin de métier, et n’avait quitté la Marchande que pour rester auprès de sa jeune femme. Il se trouve qu’il l’avait tenue dans ses bras pour la première fois lorsqu’il n’avait que douze ans ; elle n’avait pour sa part que six mois et il la présentait au fonds baptismaux. Fils de la marraine, la meilleure amie de la mère jusqu’au divorce qui ne tarderait pas à couronner ce mariage hâtif, il compensait comme faire se peut un physique plus qu’ingrat par une jovialité et une vivacité d’esprit surprenantes.
Pour autant, ce ne sont aucune de ses qualités qui lui permirent de séduire Françoise, mais bien plutôt un concours de circonstances. A dix-huit ans, elle poursuivait ses études et ne pouvait quitter le carcan familial. Les vacances à Houlgate, où la marraine possédait un appartement exigu et meublé sans le moindre goût, lui donnèrent tout à la fois l’occasion de se découvrir femme et de trouver en Lucas la clef de sa liberté. Ce dernier l’épousa sans délai, quitta son poste pour ouvrir une boutique d’accastillage et l’installa à Dives-sur-Mer où ils se dédièrent tous deux à hâter la faillite de l’entreprise comme de leur union. (...)
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Flo Chako Renzart : Amélie-Mélo, dis
Envie d’écrire ce soir…
Alors écrivons : « ce soir. »
Ce soir, au loin, là-bas, dans la brume, derrière la grange, la petite Amélie.
Joue aux cartes.
As, deux, trois, quatre, valet, roi, et quinte flush dans l’autre main.
Les règles, peu importe.
Elle sort un bullier : c’est joli, les bulles.
Une explose sur l’as de pique.
Envie d’exploser ce soir…
Toutes les cartes partent en l’air.
La petite Amélie préfère la marelle.
Hop! Hop! Ça sautille, ça frétille. Et ça rigole, en plus.
Plus.
Derrière la grange, y a la brume.
Mais dans la grange, y a un cheval.
« Les chevals, ça sait pas jouer aux cartes », se dit la petite Amélie.
Alors tant pis, puisque ça ne sait jouer à rien, autant monter dessus.
Hop! La petite Amélie pose sa petite culotte sur la croupe du cheval.
Elle est rousse, il est brun.
Et très très grand.
Elle a toujours le bullier dans sa main, elle souffle dans l’oreille du cheval.
Il ne comprend pas, il hennit.
Elle lui dit « Chut, tu vas réveiller mémé ».
Parce que mémé dort, dans la maison à côté.
La petite Amélie n’a pas le droit d’être là.
Le cheval se tait, elle lui chuchote merci, puis bat des jambes comme si elle voulait courir sur son dos. L’animal, pour la rattraper, se met à courir aussi. Et il galope, et elle rit. Elle ne sait pas s’il joue, mais c’est plus drôle que la marelle.
Tout à coup le cheval s’arrête, et la petite Amélie, qui n’a rien vu venir, décolle. Elle en profite pour sortir le bullier, et souffler un arc en ciel le temps du vol plané.
Une botte de foin attend sa chute, réception en douceur et fouette cocher ! Il s’agit de redémarrer.
Amélie approche l’étalon, se hisse sur la pointe des pieds, et grimpe.
Il recule, il ne veut pas. La prochaine fois il n’y aura peut-être pas de foin.
Alors la fillette, déçue, range son bullier dans sa poche, ramasse les cartes une par une et remonte dans sa chambre, dans la maison de mémé.
Elle ouvre son journal intime, minuscule, et écrit: « Les chevals, c’est pas drôle. »
Envie de dormir… demain soir ?
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Alain Stern : La Maréchale du Moustiers
Fort gracieuse et attirante, en dépit de sa taille imposante, Alphonsine-Adélaïde était la veuve du fameux Moustiers qui avait arraché un maréchalat et cinquante mille livres de rentes à Richelieu pour prix de son allégeance au Pouvoir. On se rappelle qu’il y avait aussi sauvé son château. Le maréchal du Moustiers avait épousé à soixante-six ans Alphonsine-Adélaïde de Caunes, fille cadette d’une lignée fort honorable, mais à ce moment-là cruellement désargentée en raison de la persistante déveine au trictrac du fils héritier du fief, Antoine, en vérité un indécrottable vaurien qui terrorisait sa parentèle, pinçait cruellement les fesses de ses petites sœurs, troussait honteusement les servantes, urinait ostensiblement dans la soupe du personnel, bombardait les invités avec des saucisses avariées, bref souillait abominablement le blason et la fière devise – « onc ne se hisse, onc ne s’affaisse » de ses ancêtres. La jeune Alphonsine-Adélaïde, âgée de quinze ans, n’éprouva aucun regret à échapper aux pinçons du grand frère et à la perspective hideuse du couvent qui guettait les filles de noblesse sans fortune. Le notaire Bouvard, un petit légiste bossu et cauteleux de Clermont-Ferrand, expert en arrangements matrimoniaux, fourra les paumes qu’il fallait pour vendre la demoiselle à un riche fiancé. L’âge et le physique du prétendant étaient sans objet, seul comptait son argent. En guise de dot, elle n’amenait à monseigneur le Maréchal que sa coiffe, son cotillon et ce qu’il recouvrait. Le vieux soldat, riche comme trois Crésus, régla les dettes de la famille, fit un paquet de la belle et de son trousseau, le noua de bonne ficelle dorée et l’emporta au Château de Loudillac où il se remboursa en nature de son investissement avec assiduité jusqu’à l’âge de septante-six ans, faisant au passage à son épouse pas moins de quatre enfants ! C’est dire la vigueur de la race.
La véritable carrière de la future duchesse de Loudillac ne commença pourtant qu’après le décès de son époux, lequel survint au lit, ce que nul n’aurait attendu d’un si vaillant soldat. Alors qu’il avait fort frugalement soupé d’un potage gras, d’une paire de pigeons farcis au foie gras, d’un jambon gras au vin et de quelques fromages gras de brebis à la crème double, le maréchal avala une dernière coupe de malvoisie aux épices pour s’échauffer les sangs avant que d’honorer son épouse qui s’impatientait déjà sous le ciel de lit tendu de velours outremer brodé aux armes des Moustiers. Il faut dire que la belle maréchale avait un tempérament de tigresse et que son mari faisait preuve au déduit d’une ardeur surprenante pour un homme de son âge, surtout à une époque où l’on n’avait pas encore inventé le viagra. Il ôta la chemise et la culotte qui le couvraient encore, et les plia avec soin sur une chaise. Comme tout militaire, le maréchal était fort méticuleux et soucieux de ses effets. Puis il s’agenouilla dans le plus simple appareil au pied du lit et récita trois patenôtres avec ferveur. Le maréchal, discrètement janséniste, était aussi très pieux. Enfin il se jeta sur son épouse comme mousquetaire sur l’ennemi. Forts fougueux et frétillants tous deux, ils menèrent au pas de charge ce premier assaut, jusqu’à sa conclusion qui arracha ce rituel commentaire à la pâmée « Ah, mon ami, vous me faites bien du bien ». Invariablement, l’époux répondait « C’est un plaisir pour moi, m’amie » prélude à d’autres jeux plus langoureux. (...)
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bertrand môgendre : L'Emilienne
Qui peut se souvenir de n'avoir jamais croisé l'Émilienne ? Cafetier, client du Grand Bazar, commerçant, facteur, touriste, grenouille de bénitier avaient beau passer, on la voyait toujours à la même place, dans la même attitude, occupée à la même besogne de vendeuse de billets de loterie dans son petit cagibi à l'angle de la rue de la République et de la place des Cordeliers, si bien que par la suite on prétendit qu'elle était venue au monde avec un dixième gagnant à la main. On ne lui témoignait aucune considération. Loin de saluer l'habitante de la guérite, les passants ne lui prêtaient pas plus d'attention qu'à une mendiante assise sur le parvis de l'église Saint-Bonaventure, à une enjambée de son abri.
Un mètre carré au sol. Une porte à crochet. Pour tout mobilier un minuscule tabouret. Une devanture vitrée à fenestron mobile. Une planche garnie de pinces prévues pour la présentation des carnets de billets de loterie. Voilà l'univers d'Émilienne. Vue de profil l'abri ressemblait à un cercueil debout et de dos, à un lieu d'aisance qu'Édouard Herriot aurait oublié de détruire malgré sa politique de réaménagement de l'espace urbain.
Présente les six jours de la semaine, elle remplissait ses grilles de mots croisés, tambourinait du pied lorsqu'un chien mal éduqué levait la patte sur son cabanon, se dégourdissait les siennes quelques minutes avant l'heure de pointe. Les Galeries Lafayette tout comme le Grand Bazar étaient si tellement cafies de monde que c'était miracle si on n'était pas écramaillé. Les veuves titulaires d'une pension sortant ou non du 24 de la rue Confort constituaient l'aristocratie de sa clientèle. Sans un regard pour la personne qui lui commandait un numéro particulier, l'Émilienne tendait le bout de papier en échange de l'argent demandé, considérait un instant la souche restante, puis se mettait en devoir de relever sa vente sur le cahier officiel. (...)
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Phil Bloom : Survol
On se perdrait en conjectures, quelle qu’elle soit. La conjoncture.
Pourquoi certaines se morfondent dans des emplois crasseux et sans gloire, sans joies, sans rêves ? Où la main du patron, grasse, comme sa peau luisante, y va franco, sans douceur, quand il les croise au détour de la cuisine, là, dans le couloir plein de recoins, éclairé d’un jour chiche - on est au sous-sol, le couloir part de la cuisine, la lumière provient d’en haut, d’un soupirail qui domine une paroi aveugle. Entre la paroi et le mur de soutènement, en bas, coule un ruisselet. Puant. Qui collecte les eaux grasses sorties de l’évier, de l’évier de la plonge, avec ses marmites, ses rondeaux, ses chinois, ses cul-de-poule. Toute cette putain de batterie interminable que le plongeur se fade deux fois par jour. Tu m’étonnes que les cuistots cuisinent tous sale, ils n’en ont rien à branler de la cohorte de sauteuses, d’écumoires, de passoires, de cocottes. Avec les fonds de sauce cuits et réchauffés, qui s’agglutinent sur les bords en croûtes noirâtres. Les préparations à base de lait, pire encore : les aviateurs de 14, les nobliaux qui n’étaient pas dans la cavalerie, leurs biplans, d’où ils se tiraient d’un avion à l’autre à coups de revolver –fallait vraiment pas avoir grand chose à foutre-, ils tenaient avec quoi ? Avec de la colle de caséine, de la colle de lait et de fromage, que les bons moines de Maroilles connaissaient déjà au 12ème siècle, puisqu’ils la préconisaient pour rendre les panneaux de porte indécollables. Bon plaisir, quand ça a cuit et recuit. Paille de fer. Huile de coude. T’es pas à plaindre. Nourri logé. Blanchi un peu. De toutes façons t’es un mal blanchi. C’est bien à Constantine que t’es né, non ? D’un petit employé de bureau métro qui s’est trissé et d’une moukère, non ? Toutes façons, ça se voit à ta gueule. Tu risques pas de le cacher.
La main du patron. Utilitaire. Il ne cherche même pas à t’enjôler. A te séduire. Qu’est-ce qu’il en a à foutre –au détour du couloir, s’il te croise, hop, la main au panier. Il t’a même pas guetté, il t’a même pas désiré. Non, il passe par là, tu passes par là, hop. Normal. Si t’es pas contente, t’as qu’à casser ton stage. T’étonnes pas si t’as des retours. (...)
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Lemon a : Les Disques Tournent en Boucle
1
L'idiot du village portait un bonnet avec un pompon. Le gars Hercule osa ce qui était interdit parce que la belle Esmeralda le regardait. Il tira sur le pompon. Or, dans ce village, on savait que nul ne pouvait toucher sans conséquence au pompon du bonnet de l'idiot du village. On pouvait le moquer, lui jeter des cailloux, lui cracher dessus, le battre, lui envoyer de grands coups de pieds dans le cul et l'idiot du village piaillait, barrissait, ahanait et prenait comiquement la poudre d'escampette. Mais jamais l'idiot du village ne répondait aux humiliations, toujours subissait-il les moqueries et les beignes des gens cruels. Jamais, toujours, il y avait pourtant cette exception : on ne pouvait tirer sur le pompon de son bonnet.
2
Le gars Hercule était le jeune homme le plus vigoureux du village. Il avait prouvé sa force à maintes reprises, en cassant la gueule des autres jeunes hommes vigoureux des autres villages. Il déambulait fièrement au milieu de la rue principale en bombant le torse et en arquant sa colonne vertébrale. Ses deux épaules roulaient en alternance tandis que son menton rectangulaire indiquait un point situé entre la ligne d'horizon et les nuages. Hercule ressemblait à un P majuscule alors que l'idiot du village ne ressemblait à rien du tout : un monticule de chairs et d'articulations laissées en jachère, un tas informe, un brouillon d'homme, gluant de poils hirsutes et de compositions maladroites. L'idiot du village allait en marchant de travers. On lui prêtait communément cet air des imbéciles heureux, constamment béat, souriant à la pluie et s'esclaffant dans les processions funèbres. Qui sait si, derrière cette jovialité exagérée, ne se dissimulait pas un grand désarroi ? L'idiot du village était heureux, se résumait-on à penser et le pompon qui sautillait sur son bonnet le confirmait.
3
La rue principale suivait une ligne droite et ascendante. Deux rangées de maisons grises aux toits couverts d'ardoises se confondaient dans la couleur du ciel. Au sommet de la côte, à la sortie du village, sur la route qui menait à Bois-Les-Alançons, Jacky Lucky Joe le funky poseur avait garé sa roulotte. L'air sentait l'électricité, l'ultime vibration. À trois maisons, en entrant dans la bourgade, la belle Esmeralda resplendissait à la fenêtre de sa chambrette, distribuant des miettes de pain aux petits oiseaux qui se pressaient tout autour d'elle.
Le gars Hercule et l'idiot du village passaient par là à ce moment-là, le premier redescendant la rue principale et le second la remontant en sens inverse. Ils déambulaient la tête en l'air, l'attention tout entière accaparée par l'absorbante beauté d'Esmeralda. C'est ainsi qu'ils se percutèrent. (...)
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Marille Lefebure : Les Genêts
Il est quinze heures. Sarah referme son livre en soupirant. Les personnages de la pièce de Maeterlinck, évoluent devant elle, les enfants deviennent presque réels. Elle ne voit plus le paysage ni les gens qui se promènent; elle n'entend plus l'eau qui coule à ses pieds.
Bruges n'existe plus, Bruges la morte...
Une ville dont elle est tombée amoureuse deux ans plus tôt quand elle a décidé de s'installer pour de bon, pour de vrai. Bruges et ses maisonnettes d'un autre temps, ses canaux, sa quiétude.
Une sérénité à l’image de cet instant, paisible, les pieds dans l’herbe et le visage sous la brise, à l’ombre d’un béguinage.
Sarah a de suite succombé au charme de ces bâtiments blancs coquets, porteurs de secrets vieux de plusieurs siècles. Que de silences contenus derrière ces murs, de destins scellés à jamais.
Les pensées de Sarah vagabondent; elle imagine des religieuses à cornettes et des oiseaux bleus qui aiment se poser sur la blancheur de leur coiffe; le tableau est drôle et la fait rire, mais ce sourire disparaît aussitôt lorsque les paroles de la Fée Bérylune, celle du livre de Maeterlinck, lui reviennent en mémoire. L'Oiseau bleu doit révéler aux enfants le grand secret des choses et du bonheur. Mais tout cela n'est que mensonge, Sarah en est convaincue. Cet oiseau tant recherché n'est qu'un leurre, un animal après lequel courent deux enfants naïfs et volontaires et qui, toujours, leur échappe. (...)
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Lucas Ruiz : Les Cris Miniatures
Tout me semble s’en aller. J’entends les battements de mon crâne et les battements d’autres crânes au côté du mien.
*
Ah ! L’air s’engouffre d’un coup dans mes poumons. Mes yeux sont toujours à demi-fermés, la paupière collée à la joue, les cils en barreaux. Je suis dans une ruelle à la lumière tamisée, secrète. Ce sont les rayons de la lune qui ricochent contre l’ombre, parallèles à l’entrebâillement de la venelle, dont les murs sont si près l’un de l’autre qu’on croirait qu’ils s’enlacent. J’entends les sons terribles de la nuit urbaine, amplifiés par la solitude. Pourtant, j’ai l’habitude d’être seul.
L’air est bourré de senteurs glaciales. Je crois éprouver des flocons logés entre mes doigts. Le ciel est étrangement marron, monstre rugueux de ferraille, poli jusqu’au plus profond de ses rouages : je le vois de façon si nette que c’en est inquiétant.
Je me rends compte que mes yeux sont ouverts entièrement, à présent. Tout me paraît limpide. La pluie commence à s’agiter dans la nuit claire : je la sens. Subtile, elle frappe doucement les pavés de la ville, puis virevolte, haletante, sa respiration en crescendo. Elle se retire, sans bruit, laissant sur la peau quelque confidence. Je me lève et attends qu'une chose se passe. Je pense à ton reflet, déclinant dans mes yeux. Je te vois, assise en lotus sur mes cuisses, et suis pris stupidement par la nostalgie, le manque. Les lueurs de l’âme sont infiniment fertiles : mon cul. Mon cœur est aux bermudes, dans la soute, mes habits en lambeaux, la bosse de mon crâne dure comme une phalange. Je me lève. Non. Je me rassieds. Je veux être un désert.
Ah ! La couche rose et noire du matin se dépose, découpée, visage mort-né saisissant la beauté. La ville a la forme d’un sein : les vers (si âgés, maintenant !) de mon rêve se mettent en appétit. Le jour, d’amertume scié, pointe à l’horizon. Se lever, se mettre en marche, savoir l’endroit, l’endroit exact, l’heure, l’écoulement du temps, manger, boire. J’ai toujours le désir fluorescent de ma lèvre égarant son oubli sur ta chair. Ma couille droite est terriblement endolorie.
Essayons-nous au pire, m’avais-tu dit, et j’ai ri de cela bien des années durant. Ce n'est pas une ville. Tu avais raison, avec tes voiles saignantes descendant vers Harfleur, et tes pierres ancrées au plus profond des eaux. Ce n'est pas Paris où le monde tourne sans se soucier de rien, ce ne sont pas les fleurs qui naissent de bourgeons invisibles, ce n’est pas le temps assassin qui bouffe tout de nous, rejeté à demain ou à jamais, c’est autre chose. Je n'explicite plus les soleils à paupières qui s’endorment à ta fenêtre et je ne susurre plus sans mentir à ton oreille les couleurs de la nuit. Je ne suis plus un artiste, on ne refait plus les murs de nos deux corps mêlés, et la sensualité n’existe pas, ni ces paroles : « Chérie, j’ai pas le courage de croire que ce sont tes mots, ni les leurs d’ailleurs, comment pourrait-on, même un temps seulement, mourir de cet ennui quand d’autres meurent de toi ? ». (...)
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Coline Dé : Clics et Couacs
Dix neuf heures seize. L’enseigne verte et blanche clignotait encore.
− …et pour le transit, parce que vous comprenez…
D’habitude je suis patiente, mais là j’en avais des démangeaisons. J’ai fait mon sourire horizontal, celui qui coince les commissures juste sous les oreilles.
-…le docteur Dumert dit que ce n’est pas …
− Je ne devrais pas, mais pour vous…
Le temps de disparaître dans le fond de l’officine et je lui tendais un placebo au packaging particulièrement efficace :
− Tenez, Madame Nole, c’est SOU-VE-RAIN ! Ne dites pas que je vous en ai donné…Ce n’est pas remboursé, douze euros soixante s’il vous plaît.
Pour être efficient, le placebo doit être cher.
Ravie, elle débarrassait enfin la place avec des mines de conspiratrice… et je pouvais fermer!
J’avais un peu honte, ce genre de pratiques ne correspond pas à l’idée que je me fais de mon métier, mais ce soir, je venais d'obtenir ma connexion Internet et j’étais impatiente de m’y mettre.
Depuis longtemps, ça mijotait ; j’hésitais, j’ergotais : le coût, le temps, les gens qu’on ne voit plus… mais j’en mourais d’envie ! D’ailleurs, pour le peu de gens que je fréquente, cela ne risquait pas de faire grande différence. Et le haut débit passait enfin par Vireuille. Au moins, cela m’offrirait d’autres horizons que cette minable petite ville ! C’est fou comme on fait vite le tour de quatre mille habitants, surtout quand on travaille dans LA pharmacie centre ville !
Je connais les maux intimes de tous les commerçants, rentiers, banquiers et assureurs de Vireuille. La préparatrice, c'est moins intimidant que le pharmacien, on lui confie plus volontiers ses misères, pour peu qu’elle soit attentive et discrète.
J’aime bien mon métier ; il me permet d’entrer dans l’intimité des gens, par la porte de service en quelque sorte, sans me dévoiler moi-même.
J’ai horreur de m’exposer.
Evidemment, ça ne facilite pas les rapprochements. Mais ça peut éviter de se fourvoyer.
J’ai trop d’exemples de mariages désastreux autour de moi pour me laisser aller à ce genre d’inconséquence. Pendant longtemps, j’ai pensé qu’à force d’observer mon entourage, avec une infinie attention aux moindres détails, avec objectivité et froideur, je finirais par trouver l’homme idéal. Surtout, ne pas me laisser emballer, aveugler. Evaluer d’abord, aimer ensuite, quand on a déniché le bon numéro. Oh, pas l’homme parfait, bien sûr, juste l’homme" idéal pour moi".
Je dois avoir trop bonne vue, leurs défauts me sautent aux yeux très vite.
Ils ne s’en doutent pas − j’ai l’air douce et effacée − mais je les exécute en quelques jours !
Ma mère me tanne : « Ecoute, Lucile, tu es trop difficile ! A ton âge, tu ne peux plus te permettre de faire la fine bouche (elle me dit ça depuis mes 25 ans !) Tu devrais faire des concessions, ce n’est pas drôle de vieillir seule… »
Ce n’est pas plus drôle de vieillir avec un mâle égoïste, exigeant, mal embouché, si ? Et franchement, ceux qui défilent à la pharmacie n’ont jamais obtenu une note atteignant la moyenne ! (...)
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Mentor : Loiseau des Iles
La plage de Batibou est peu fréquentée en ce mardi de décembre. La température est douce. Des rires d’enfants alternent avec les cris des aras qui jouent à s’emmêler les couleurs. De multiples zébrures en diagonale rayent la peau blanche de l’homme assis sur le sable noir. C’est l’ombre des palmes d’un cocotier qui frissonnent sous l’alizé. Adossé à son arbre, l’homme somnole, ou bien observe, on ne saurait dire, des lunettes noires cachent ses yeux. Un bruit mou, à dix centimètres de ses orteils, le fait sursauter. Une coco vient de tomber, décrochée par deux ouistitis qui dévalent le tronc et se jettent sur le fruit sans se préoccuper du bipède.
Les cris stridents de leur dispute incitent l’homme à lever le camp. Il s’étire, enfile une chemisette et se dirige vers le petit parking en passant devant un écriteau « Beware coconuts falls ! » qu’il ne lit pas.
Fred Loiseau rejoint sa Clio de location qui l’amène au dégrad Roseau, l’embarcadère des navettes de l’île de la Dominique.
Il règle les formalités avec Hertz, se présente au comptoir de la douane, passe sans anicroche, traverse le quai, monte sur la passerelle du ferry « L’Express des Îles ». Appareillage prévu pour la gare maritime de Bergevin en Guadeloupe à dix-sept heures, trajet d’une heure trois quarts.
Avec cette chaleur perpétuelle et le temps de traversée il se dit qu’il serait bon de dégoter un transat pas trop loin du bar. Il le trouve, s’installe. Les premières vibrations du bâtiment annoncent les manœuvres de départ.
Malgré tout, Fred Loiseau doit se rendre à l’évidence : il est d’humeur maussade.
Elle sentait pourtant bon le dépaysement la carte postale d’Amédée. Juste quelques mots derrière le cliché cocotiers sur sable blanc. Mais si bien tournés qu’à peine lus, il se voyait réserver un billet pour Pointe-à-Pitre. Son ami Amédée lui proposait deux semaines de farniente et de liberté dans son île d’adoption. Loiseau, heureux de revoir son pote, s’imaginait oublier ses problèmes du moment et s’était pris à rêver qu’une chute de noix de coco, à défaut d’une pomme variété Newton, serait l’élément déclencheur qui le transformerait d’un coup de détective falot en romancier hors pair. (...)
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Christelle Mauger : Pia
Ma grand-mère disait toujours : les belles filles attirent le soleil. Sans doute parce que l’espèce humaine est ainsi faite qu’elle ne peut admettre l’idée que le destin, et la météo, s’en prennent à la grâce personnifiée. Ce qui est beau l’est forcément in extenso. Et sans ombre possible au tableau.
Ou peut-être que cela signifie simplement que chaque fille a droit à son rayon de soleil, un peu comme tout le monde mérite son quart d’heure de célébrité ? Peut-être alors qu’il faut voir dans cet apophtegme l’espoir fragile que toutes les jeunes femmes portent en elles une possibilité esthétique ? Peut-être donc que la beauté est à la portée de tout un chacun, de toute une chacune du moins ?
Je me demande si ma grand-mère aurait pu soutenir sa théorie, quelle qu’elle soit, si elle avait eu l’occasion de rencontrer Pia.
Pia n’était pas à proprement parler une jolie fille, pour le commun des mortels du moins. Entendez-moi bien, elle n’avait pas ce qu’on appelle communément un physique ingrat, loin de là, mais les balafres de la vie et les stigmates des narcotiques s’étaient incrustés dans chacun des pores de sa peau tout comme ils s’étaient immiscés dans les fêlures de son âme. J’aurais pu écrire ici comment elle en était arrivée là, son histoire, ses déboires, ses casseroles. Sauf que je ne connaissais rien de la vie de Pia. Ou presque rien. Elle n’avait pas trente ans lorsque nous nous étions rencontrées, chez elle, c’est-à-dire sur le périph. Ou plutôt : juste à côté. Elle avait planté sa tente pas loin de la porte d’Italie parce que le nom la faisait voyager. Elle rêvait de visiter Rome un jour et était persuadée que si tous les chemins y menaient, le meilleur moyen d’y aller, c’était encore de partir dans la bonne direction. Porte d’Italie, c’était donc l’endroit idéal. Elle avait installé une tente jaune sur un petit terre-plein, entouré de deux arbustes rachitiques ; quatre grosses pierres la maintenaient au sol. Je n’aurais jamais imaginé qu’un si petit espace puisse contenir autant de choses qui, disposées à même le sol, formaient un amas insolite de tout et n’importe quoi : boules à neige, chapeaux, pipes à crack, plumes d’oiseaux, cartes postales... Lors de ma première visite, elle m’avait offert un dessous de plat représentant une toile de Goya qu’elle avait extrait de son inextricable fourre-tout, comme si elle connaissait exactement l’emplacement de chaque objet. (...)
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Janine Martin Sacriste : Un Deuil en Province
Ce matin à la brocante St Michel, mes yeux sont tombés sur ce rouleau de cretonne fleurie complètement démodée.
Lorsque j’ai payé mon achat, j’ai vu de la perplexité dans les yeux du marchand et un peu d’amusement fatigué.
- Bah ! Il se lève un pigeon chaque matin, que va-t-elle faire de cette cretonne fanée, salie, dont elle n’a même pas demandé la longueur, ni la largeur ?
Si vous saviez !
Vous m’avez vendu quelques années de ma petite enfance que j’avais oubliées.
Un regard…et mon petit lit-cage en fer, ripoliné de blanc est apparu.
Il était vêtu d’un habit molletonné recouvert de cette même cretonne. Un entrelacs de feuillage et de fleurs roses et bleues sur fond écru. Je revois les nœuds le maintenant bien attaché au bord du petit lit.
Soirs et matins durant cinq belles années j’avais regardé, caressé cette cretonne qui était comme un petit jardin fleuri où sûrement prit naissance mon amour des fleurs simples et des pergolas.
Mon premier vrai souvenir dans ce petit lit remonte à une sieste estivale. Dans les traits de lumière, dispensés par les persiennes, je voyais danser toute une sarabande de poussières argentées, je m’étais assoupie dans un état de bonheur profond que je n’ai plus jamais retrouvé.
Mes « petites madeleines » à moi, étaient de m’endormir, l’été dans des odeurs d’encaustique à la pomme, l’hiver, dans celles de fumigation à l’eucalyptus, de sirop pour la toux et de pastilles Valda ou Pulmoll.
J’aimais être malade dans mon petit lit-cage.
Les chuchotements des adultes, le plateau en laque, l’orange pressée, les biscuits Brossard et surtout un nouveau livre d’images… m’apportaient cette plénitude enfantine.
Seule, la grosse voix du Docteur A. venait sonner la fin de ces récréations en assurant maman que j’étais guérie.
J’étais une petite fille heureuse.
J’avais alors la permission de me lever et de retourner à mes jeux, maman précisait toujours que j’avais grandi.
- Il va falloir rallonger l’ourlet de cette robe.
- Bientôt ce petit lit ira au grenier.
Je n’aimais pas grandir. (...)
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Flo Chako Renzart : A l'Attention des Jeunes Parents
— Papa, tu me racontes une histoire ?
— Heu… ben…
Stop.
Qui ne s’est jamais retrouvé devant cette situation ? Allez, sans mentir…
C’est bien ce que je pensais.
Eh bien aujourd’hui, ce ne sera pas le cas. En effet j’ai décidé de partager mon rôle, et ensemble nous allons concocter une belle histoire que vous pourrez raconter à vos enfants avant dodo.
Et comme cela je donne tout son sens à mon titre.
Sur ce.
Il faut avant tout un personnage. Pourquoi pas un chevalier ? Alors bien sûr, les aventures de cape et d’épée, avec des héros bodybuildés et des top models captives d’un affreux tout pas beau, c’est du déjà cuisiné, réchauffé et micro-ondé. Tant pis, on fera avec.
Tout d’abord, son nom : Leandro, Romuald, Jean-Paul… disons Jim ?
Adjugé.
Adonc, Jim, par un beau matin ensoleillé comme tous les matins dans le royaume de Diergekraak – ça en jette, non ? – chevauchait gaiement dans la plaine verdoyante. Trottant sur un tempo jazzy, il se rendait au château du roi, un roi plutôt sympa mais vraisemblablement peu soucieux du statut marital de sa fille : en effet il avait décidé de prendre pour gendre le premier qui la délivrerait du donjon maudit dans laquelle elle avait été enfermée à cause de divers complexes dus, entre autre, à l'acné et autres troubles juvéniles qui incommodaient fortement la cour. Bref on s’en balance.
Quoiqu’il en soit, Jim, intrépide aventurier, avait décidé de tenter sa chance, et de gagner la route du donjon.
Déjà, plusieurs interrogations cruciales s’imposent…
Mais avant toute chose, pause café pour moi.
Okay. Premièrement, qu'est-ce qui peut bien garder le donjon ? Un dragon ? Une armée de trolls mutants ? Une chanteuse d'opéra scandinave ?
Autre interrogation – je relis parce que je ne sais déjà plus où j’en suis – est-ce que Jim voyage seul ?
Oui parce que s’il est tout seul, éventuellement il peut chanter pour se donner du courage, allumer son baladeur s’il a la voix cassée ou encore lire, mais en chevauchant ce n’est pas très pratique.
Non, mieux vaut un camarade, un valet. Et autant le prince est beau, autant lui, il va être moche. Faut que ça tranche. Petit, moche, mais en revanche très bavard, et surtout approximativement drôle. Son nom : Trouffi. Vêtu de vieilles nippes et d’un chapeau bizarre, il aime fumer la pipe, et boit comme un trou noir. Entre autres. (...)
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Arielle Thomann : Choniques Rustiques
Dans notre village cinq ou six familles, tout au plus, se partageaient le petit cimetière paroissial juché sur la colline à l'ombre du clocher.
Chaque année aux alentours de la Toussaint, à pas menus entre les tombes, on entendait gravillonner une poignée de petites vieilles. Elles trottinaient parmi les « très chers », les « inoubliables » et les « bien-aimés » qui, au fil du temps et des alliances, les avaient faites toutes plus ou moins cousines … Pas étonnant qu'elles se ressemblent tant avec leur petit arrosoir et leur binette à l'identique !
Ces dernières décennies nous avions vu notre population s'enrichir de nouveaux arrivants. Venus de la ville pour la plupart, c'étaient de jeunes couples avec ou sans enfants, avides de renifler notre air pur en se rinçant les poumons et les méninges des miasmes urbains.
On mourait peu parmi ces gens-là et sous leurs dalles de granit, nos anciens demeuraient tranquillement entre eux comme seigneurs en leur donjon tandis qu'à leurs pieds s'agitait le petit peuple des vivants.
Et ils s'agitaient joliment, les vivants, en cette veille d'élections municipales !
A la mairie d'abord où on transformait la grande salle des mariages en bureau de vote. Le mobilier valsait autour du gros aquarium de l'urne, l'isoloir risquant un œil timide entre ses deux armoires, coquettement drapé de cretonne fleurie …
Au bistrot ensuite, où on s'empoignait ferme malgré la liste unique qu'on eût trouvé inconcevable de laisser telle quelle :
- L'Antoine … Plutôt crever, tiens, que de lui faire cadeau d'une seule voix ! Et ma femme et ma belle-mère sont d'accord avec moi, pour une fois !
- Quant à la Martine … Qu'est ce que c'est que ces conneries maintenant ? Une bonne femme à la mairie, on aura tout vu ! Aux fourneaux la Martine, comme les autres, études ou pas ! La politique c'est une affaire d'hommes !
Et on rayait, et on rayait. (...)
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Patrick Camu : La Grenouille
C’est au matin qu’elle la trouva, piégée entre la porte-fenêtre et le volet roulant qu’elle venait d’actionner pour faire entrer la lumière dans le salon. La petite grenouille, d’un vert dont la pâleur signifiait la déshydratation extrême que le soleil déjà haut lui avait fait subir, était assise et ne bougeait pas. Kate la déplaça de quelques centimètres du bout de sa sandale et plaignit le malheureux animal qu’elle crut mort, déjà recouvert d’une poussière qui s’accumulait autour de ses membres.
Mais en équilibre sur le bord arrondi du seuil de la porte-fenêtre, la grenouille esquissa un mouvement d’une lenteur inhabituelle pour un batracien et se hissa à nouveau en direction de la vitre.
Soudain envahie d’un sentiment de culpabilité, Kate, qui avait malencontreusement emprisonné cette bestiole en fermant le volet la veille, décida qu’il lui fallait la sauver du sort funeste auquel elle l’avait ainsi condamnée.
Elle courut à la cuisine chercher un plat transparent qu’elle remplit d’eau, tira d’un jeu de carte qui traînait sur la table du salon ce qui s’avéra, sans qu’elle en fût réellement surprise, une reine de cœur et se hâta de revenir auprès de sa patiente.
Délicatement, elle passa la carte sous les pattes et le ventre de l’animal pour le porter sur ce palanquin improvisé jusqu’au centre du plat rempli d’un centimètre d’eau. La grenouille ne bougeait pas d’un cil et le cœur de Kate sombra à l’idée qu’elle ne pourrait pas corriger sa tragique erreur de la veille.
Mais à mieux y regarder, elle aperçut de très légères vaguelettes à la surface de l’eau claire et à proximité de la bouche de l’animal. Elle buvait très doucement, assise dans la petite mare confectionnée pour elle, et ce spectacle redonna instantanément espoir à Kate, qui entreprit alors de trouver un coin d’ombre propice au bain de dame grenouille. (...)
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